Kessel

Et si on finissait tous en compost ?

Le nouveau numéro d'Azerty vous invite à devenir pote avec les lombrics, à questionner l'étymologie de cette histoire de caucus, à butiner çà et là, à cerner la force de la confiance et même à maîtriser l'affrication sans déraper. C'est pas triste.

#32 - Janvier 2024

👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique,
J’espère que vous avez déjà abandonné toutes vos bonnes résolutions inutiles et répondu à tous les bons vœux pour cette année bissextile au planning international un brin chargé. De mon côté, je ne mâche pas mes mots pour vous envoyer en numérique mes vœux de bonheur les plus sympathiques 🤗 En 2024, on ne se décompose pas, on articule et on reste focus, n’est-ce pas ?

📆 LE MOT DE L’ACTU

Anthelmophobie

Photo de Camila Jacques sur UnsplashPhoto de Camila Jacques sur Unsplash
Nom d’un ver de terre ! Depuis le 1er janvier de cette année, les collectivités locales sont dans l’obligation de favoriser le recyclage des biodéchets de leurs administrés, en mettant par exemple à leur disposition des bacs à compost partagés, peuplés de lombrics. La démarche est plus ou moins avancée selon les collectivités, mais chacun peut bien sûr déjà installer dans son logement un lombricomposteur où les vers se régaleront des épluchures. À condition de ne pas être atteint d’anthelmophobie (oui c’est la peur des vers, nous y voilà !). Pour les personnes qui en souffriraient, une thérapie peut être la bienvenue, car le lombric est en passe de devenir la star du XXIe siècle. Pour réduire l’impact écologique de notre passage de vie à trépas, on se penche même sérieusement sur l’humusation (ou terramation) du corps des défunts. Un retour à la nature des plus vertueux, dans un monde où la crémation consomme beaucoup d’énergie et où l’inhumation prend bien trop de place. Le retour à la terre, on est d’accord, il n’y a que ça de vrai. Parole de lombric.

😎 LE MOT POUR FRIMER

Caucus

Photo de frank mckenna sur UnsplashPhoto de frank mckenna sur Unsplash
En pleine tempête de neige dans l’Iowa, Donald Trump a remporté le 15 janvier le premier caucus du côté des Républicains. Le mot nous inspire plutôt des blagounettes sur l’adultère, mais allons creuser un peu (non, pas dans le compost). À cause de son suffrage universel indirect, l’organisation des présidentielles américaines peut en effet laisser perplexe : le 5 novembre 2024, 583 grands électeurs seulement désigneront le futur occupant du bureau ovale de la Maison Blanche. Pour les primaires des partis et les caucus, les électeurs américains votent aussi pour un grand électeur, qui désigne le chef de file du parti lors d’une convention. Délaissé au profit des primaires, le caucus était très en vogue au XIXe siècle, mais seuls 15 états l’utilisent encore. Le principe ? Le temps d’une journée, des débats sont organisés dans plusieurs lieux publics et sont suivis d’un vote. Ironie de l’histoire, du côté de l’étymologie de caucus, on est en plein ballottage. Il pourrait venir d'un mot algonquin caucauasu signifiant "conseiller " dans le dialecte de Virginie. Il pourrait aussi être issu du nom d’un club social et politique de Boston au nom dérivé du grec moderne kaukos "coupe à boire". Nous voilà bien. Les électeurs de Donald Trump se feront-ils cocufiés par ses promesses ? En tout cas, en novembre, 583 grandes personnes auront un impact considérable sur l’ambiance internationale.

🧐 LES MOTS DU CORRECTEUR

Sur çà et là, on met vraiment deux accents ?

Oui, vraiment. On en met un aussi sur « çà ». Parce que ce « çà » n’a rien à voir avec « ça », synonyme de « cela ». Çà est un vieil adverbe de lieu, signifiant « ici ». Il ne s’emploie que dans l’expression « çà et là », datant de la fin du XIIe siècle. Si pour vous en souvenir, vous décidez de l’écrire une bonne vingtaine de fois sur un papier avec un bon vieux stylo (tellement XXe siècle !), vous êtes dans le vrai : les neuroscientifiques ont constaté qu'enfants et adultes apprennent et mémorisent mieux en écrivant à la main que lors d'une séance d'écriture sur un clavier. Voici pourquoi.

💬 LES MOTS ENTRE GUILLEMETS

Tu ne crois pas si bien dire, Jean-Paul. Le 5 janvier, le panneau d’une porte d’un Boeing 737 MAX 9 s’est brutalement détaché à 5 000 m d’altitudeabîmant au passage un peu plus la confiance accordée à l’avionneur, déjà amochée par d’autres “incidents techniques”. L’occasion de rappeler que notre rapport au monde est essentiellement fiduciaire (oui, comme la monnaie), c’est-à-dire basé sur la confiance. Et la cordelette de la confiance peut aussi rompre à force de faire passer les réductions de coût avant l’impératif de sécurité. À creuser ici avant de décoller.

😜 LE MOT SUR LA LANGUE

Affrication

...

AZERTY, la lettre qui nous parle des mots

Par Anne Debrienne

À propos de l’auteur de AZERTY, la lettre qui nous parle des mots …

Plume dans la communication, la créatrice d'Azerty est complètement accro aux mots, des plus modestes aux plus rares... et la passion du lexique, ça se partage. Avec curiosité et légèreté, c'est encore mieux. Elle est aussi co-auteure de "C'était Mieux Demain" (Ed. Akiléos), objet littéraire non identifié mêlant fausses réclames et billets d'humeur.

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