#61 - Septembre 2026
👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique. Joie de vous retrouver après la pause estivale d’Azerty. Pendant que l’actualité nous abreuve de nouvelles qu’il faut désormais vérifier, nous voici plongés dans une nouvelle ère du soupçon : le livre C’était ça ou mourir, en lice pour le Goncourt, est accusé d’être bourré d’IA. Sacrebleu. Tout reste à prouver de façon infaillible, mais la brèche est vertigineuse dans le contrat littéraire, accentuant un peu plus la démonétisation générale de l’écrit. Les marchands d’IA, en bons pompiers pyromanes, vont bien finir par nous vendre un label « Garanti sans IA », non ? Un puissant business model à suivre... Pour l’instant, je vous laisse avec mes phrases qui ont poussé en permaculture dans mon authentique cerveau archaïque. Le plaisir d’écrire moi toute seule, que voulez-vous.
📆 LE MOT DE L’ACTU
Carburer
Photo de Wine Dharma sur Unsplash
Du rififi dans les détroits de l’or noir et le système sanguin de l’économie nous fait une méchante thrombose. Gros coup de pression à la pompe et gros coup de pompe quand on est dépendant au quotidien de son véhicule thermique. À l’heure où tout le monde voudrait bien mettre autre chose dans le réservoir, l’huile de friture s’invite dans les voitures pas trop récentes au risque d’encrasser les injecteurs. C’est Marie qui en parle le mieux, fière de cette odeur de nem quand on roule derrière sa vieille Mercedes. Rappelons que la balance entre risques et bénéfices est plus nuancée, même si vous cherchez à justifier votre consommation de frites matin, midi et soir.
Tout le reste de l’actualité ne vous fait pas rire du tout ? Rire pour rien, c’est peut-être justement ce qu’il va nous falloir pour tenir le choc. Tout est prévu : même une école internationale du rire qui forme à la… rigologie. Carburer au rire ne va pas rendre cette planète plus habitable, mais si cela peut nous redonner envie d’agir entre deux tranches de rire, on évite de s’en moquer.
😎 LE MOT POUR FRIMER
Yttrium
Photo de Dion Beetson sur Unsplash
Dans la famille des terres rares, je demande donc… l’yttrium, peu médiatique, mais promis à un bel avenir. Cette petite merveille est utilisée notamment dans l’aérospatiale, les revêtements à barrière thermique qui protègent les moteurs d'avion, les semi-conducteurs, la fabrication des écrans, des lasers et des puces électroniques. L’yttrium commence à faire parler de lui parce que la Chine a eu la bonne idée d’en limiter les exportations, uniquement à des fins civiles. Avec des prix records et des approvisionnements au compte-gouttes géopolitique, les industriels américains et japonais ont de quoi être nerveux comme on nous l’indique ici. Il est vraiment temps de sortir de nouvelles cartes du monde. En s’intéressant autant aux frontières qu’au sous-sol et avec un nouveau type de projection géométrique qui ne plaît pas à Donald.
🧐 LES MOTS DU CORRECTEUR
Peut-on être LE plus belle ?
Je l’avoue : je ne m’en remets toujours pas. On peut dire « le plus belle » ou « la plus belle », mais cela n’a pas le même sens. Ce serait en rapport avec deux notions différentes : le superlatif relatif et le superlatif absolu. « Sur le barbecue, c’est la brochette de Kevin qui est la plus belle », c’est du superlatif relatif, car on la compare à celles concoctées par Raoul, Lucien et Jeremy. « C’est une fois cuite tout doucement que la brochette de Kevin est le plus belle », c’est du superlatif absolu, car on compare la chose à elle-même, dans ses différents états. Tout à fait étrange à l’oreille, l’usage de cette règle nous expose à la « fausse faute » face à des interlocuteurs dubitatifs. Stratégie de contournement ? « C’est une fois grillée tout doucement que la brochette de Kevin est vraiment belle au plus haut degré. » Fin de l’hommage aux brasiers culinaires de cet été.
💬 LES MOTS ENTRE GUILLEMETS
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