Le nouveau numéro d'Azerty vous invite à rechercher le solide, à ouvrir un livre dès que possible, à ne pas tomber dans le piège de l’alternative et à garder un œil sur la police de caractère. C’est pas triste.
👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique. J’espère que vous n’avez pas calmé votre stress groenlandais avec un nombre titanesque de galettes à la frangipane. Vous avez peut-être juste contribué à la saturation du site du lunettier français qui a masqué l’œil rouge présidentiel. Rassurez-vous : si vous en avez assez de la galette comme des lunettes, les crêpes de la Chandeleur vont bientôt combler votre envie de festoyer quand même dans ce monde de brutes.
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Vous aussi, vous sentez que, dans cette tempête géopolitique, il s’agirait d’être plutôt solide sur ses appuis ? Après le culte de la performance, on pourrait donc bien redécouvrir les vertus de la robustesse. C’est ce qui m’a carrément captivée dans l’approche du biologiste et chercheur Olivier Hamant, à écouter dans ce podcast. Quand on observe le fonctionnement du vivant, on s’aperçoit que ce n’est pas le principe de performance maximale qui s’applique, mais plutôt celui de robustesse. Face aux fluctuations de l’environnement, le vivant qui intègre de la marge de manœuvre, de la lenteur et même de la redondance. Compte tenu de notre actualité chaotique, la chose trouve un écho tout particulier, car dans un monde devenu dangereusement imprévisible, il faut préférer la robustesse au piège de la sur-optimisation : autonomie de défense, multiplication des alliances, souplesse des infrastructures en réseaux, diversification des sources d’approvisionnement, souveraineté alimentaire… On se prend à rêver d’un réveil européen autour du concept, parce qu’il y en a marre des caïds à tétine qui nous menacent de prendre notre Groenland dans la cour de la maternelle. Et un réseau social qui ne soit ni américain, ni chinois ? On dit « why not » avec le lancement d’ici la fin d’année d’un réseau européen nommé W en réponse à un certain X très problématique.
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En attendant de vous connecter à des réseaux sociaux européens sur un mobile fabriqué dans la Creuse avec des terres rares recyclées, vous pouvez vous plonger dans un bon roman imprimé sur du papier d’arbre. Vous ferez alors une expérience qu’on dit vicariante. Le mot « vicariant » vient du latin « vicarius », qui signifie « substitut » ou « remplaçant ». En psychologie, on l’utilise pour décrire un phénomène où on n’expérimente pas soi-même, mais via un tiers. Avec les romans, on accède en effet à l’expérience d’autres humains et à leur vie intérieure qui bouscule, enrichit ou éclaire la nôtre. Les neurosciences confirment qu’en s’identifiant aux personnages d’un livre, on augmente nos capacités d’empathie et de compréhension d’autrui dans la vie réelle. De surcroît, notre cerveau a besoin d’assimiler des contenus écrits pour nous permettre de former des raisonnements et de penser par nous-mêmes. La lecture pourrait donc aussi devenir un acte de résistance face à l’effondrement des capacités d’attention. Il n’y a plus qu’à montrer l’exemple dans les transports en commun face aux accros du scroll sur mobile. À nos bouquins.
En voici une véritable alternative, c’est-à-dire un choix entre deux possibilités, dont l’une exclut l’autre, comme nous l’indique son étymologie puisque le préfixe latin alter- signifie « autre ». L’erreur courante, c’est de penser que le mot « alternative » est synonyme de « possibilité », or pas franchement. On ne peut pas proposer par exemple six alternatives au choix. « T’es mort ? », c’est aussi le nom d’une application qui a remporté un succès phénoménal en Chine : l’idée est de demander à l’utilisateur d’appuyer une fois par jour sur un bouton pour confirmer à son contact d’urgence qu’il est toujours en vie. C’est sur le terreau de la solitude grandissante en Chine qu’a poussé un tel succès. En 2020, plus d’un quart des ménages chinois n’étaient composés que d’une seule personne. Quelle alternative à la solitude quand, même en France, une personne sur quatre se sent seule ?
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