Le nouveau numéro d'Azerty vous invite à compter les satellites d’Elon Musk pour vous endormir, à vous moquer des lèche-bottes, à regarder une carte quand vous vous informez et à ne pas être dupe quand vous vous parfumez. C’est pas triste.
👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique. Vous êtes du genre à avoir posé des jours autour des ponts du mois de mai dès janvier ou à improviser fin avril ? Quoi qu’il en soit, j’espère que vous avez bien frimé autour de vous lorsque le cadmium a fait récemment la une : Azerty vous avait mis au parfum dès juin dernier ! Non, non, ne me remerciez pas et reprenez quelques frites avant de lire votre nouveau numéro.
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En ce mois d’avril, beaucoup d’yeux ont été tournés vers le ciel. Pour détecter l’arrivée de missiles et de drones meurtriers ou pour suivre l’épopée Artémis 2, premier vol habité autour de la Lune depuis 50 ans. Profitons-en pour souligner qu’il n’y a quand même pas beaucoup de mots dont les deux pluriels n’ont pas le même sens : ciels reste très météorologique ou pictural alors que cieux désigne l’au-delà. Un peu prophétique à l’approche de futures guerres spatiales par satellites interposés ou de nouvelles guerres de religions ? Qui sait ? Même en Iran, confronté à des pluies diluviennes après une grave sécheresse, on a vu germer la théorie complotiste du « vol des nuages par les États-Unis ».
Du 13 au 20 avril, c’était également la Semaine mondiale du ciel étoilé. Étoilé ou « satellité » ? Space X projette de lancer encore près d’un million de satellites en orbite basse, avec des conséquences fâcheuses et sous-estimées. Le vide juridique intersidéral étonne et les astronomes alertent. Ils s’inquiètent, entre autres, de la quantité de débris largués en fin de vie des satellites (5 ans à peine) et des atteintes à la couche d’ozone encore convalescente. Heureusement, un écrivain français a imaginé dans le roman Le ciel a disparu qu’un héros des temps modernes pourrait faire disparaitre Elon Musk à cause de cela. Un vœu qu’il espère faire entendre dans les cieux ?
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On ne peut pas rester trop longtemps la tête dans les nuages. Je vous propose donc de redescendre sur Terre au pays des hypocrites, en ajoutant sycophante à votre vocabulaire. Dans l’Athènes antique, le sycophante était un délateur professionnel, devenu plutôt, à l’époque moderne, un flatteur hypocrite cherchant à obtenir un avantage. J’ai croisé ce mois-ci le terme « sycophancie » pour désigner le côté « lèche-bottes » des IA conversationnelles qui ne sont jamais avares de petits compliments mielleux. Elles seraient programmées pour aligner leurs réponses sur les opinions et attentes de l’utilisateur, allant parfois jusqu’à renier une réponse correcte parce que l’humain au clavier exprime un doute ou un désaccord.
Heureusement, nous, pauvres mammifères, nous pouvons être parfaitement hypocrites à 12 h 25 et profondément sincères à 19 h 10. En plus, nous savons lire l’heure sur un cadran. Une compétence anodine à retrouver dans une passionnante réflexion sur l’art de la belle complication, sur la différence entre l’excellence et la performance, mais aussi sur la liberté au temps des IA. À lire ici à l’heure qu’il vous plaira et sachez-le : « On ne possède pas ce qui nous surveille.”
S’il est des exercices désuets à l’heure de la correction automatique, c’est bien celui de la dictée, non ? Dans l’émission spéciale La Grande Librairie, le mot « affres » en a fait trébucher plus d’un. Il fallait en effet savoir si ce mot, toujours utilisé au pluriel, était féminin ou masculin pour accorder « quel que soit » qui allait avec. Affres est aussi féminin-pluriel que frais est masculin-pluriel, ce qui oblige paradoxalement à mettre un s à aucun dans « aucuns frais ». Ces drôles de mots toujours au pluriel sont à redécouvrir ici.
Zohran Mamdani, le maire de New York, n’a pas participé à La Grande Dictée, mais il a rendu hommage à la langue française en lançant une taxe sur les « pied-à-terre » (en français dans son texte). Elle concerne les logements de luxe d’une valeur supérieure à 5 millions de dollars et dont les propriétaires ne vivent pas à plein temps à New York. Les affres de l’ultra-richesse que voulez-vous.
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