On ne serait pas tous un peu en transit ?

Le nouveau numéro d'Azerty vous invite à transitionner, à plonger dans un état modifié de conscience, à imaginer qu'on n'a pas toujours mis des espaces entre les mots et à passer gratos en année nouvelle. C'est pas triste.

#31 - Décembre 2023

👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique,
Vous avez bien digéré les huîtres, le chapon farci et les cadeaux empoisonnés ? Il s’agirait maintenant de gérer avec une grâce infinie la translation vers 2024. L’intermédiaire, le passage ou la transition, c’est un thème idéal pour ce N°31, à trois jours de la Saint-Sylvestre. Coïncidence ? Je ne crois pas.

📆 LE MOT DE L’ACTU

Transitionner

Photo de Fredrik Öhlander sur UnsplashPhoto de Fredrik Öhlander sur Unsplash

C’est bien sûr la COP 28 de Dubaï, au pays des énergies fossiles, qui nous a mis en boucle ce mot « transitionner » dans les oreilles. On aurait pu croire qu’il s’agissait d’un mot dissident calqué pour l’occasion sur l’anglais, mais il est bien dans le dictionnaire français. En choisissant le terme de "transitioning away" ("transitionner hors de", "s'éloigner", "abandonner" selon les traductions possibles en français), le texte évite le terme de "sortie" du pétrole, du gaz et du charbon qui aurait entraîné le blocage de l’accord par l'Arabie saoudite, le Koweït ou l'Irak. Les optimistes soulignent un signal historique envoyé aux investisseurs pendant que les ONG s’impatientent et que les habitants de l’archipel des Tuvalu cherchent un radeau. La course contre l’emballement des degrés de réchauffement est-elle perdue avec cette stratégie des petits pas diplomatiques ? Philippe Geluck nous le rappelle : « Le chemin le plus court d'un point à un autre, c'est de ne pas y aller. » Est-ce que « transitionner hors de », c’est faire semblant d’y aller ?

😎 LE MOT POUR FRIMER

Hypnagogie

Photo de Amy Treasure sur UnsplashPhoto de Amy Treasure sur UnsplashEn matière de transition, il y a aussi d’autres occasions d’halluciner. Juste avant de vous endormir, avez-vous déjà eu la sensation, vous faisant presque sursauter, de tomber dans les airs ? C’est le résultat d’un phénomène connu sous le nom d’hypnagogie, cet état de transition entre le sommeil et l’éveil, qui entraîne souvent des hallucinations. Le terme hypnagogie vient des mots grecs signifiant "sommeil" et "guide", en référence à la période d’endormissement. Pendant cet état, les neuroscientifiques ont observé la présence d’ondes alpha (typiques de l’état de conscience du cerveau au repos, pendant une rêverie ou une méditation) et d’ondes thêta associées au sommeil réparateur. C’est cette combinaison exceptionnelle qui pourrait être responsable de visions et sensations inhabituelles. À tel point que les esprits créatifs ont depuis bien longtemps su profiter de cet état mental ultra-associatif. Le peintre Salvador Dalí qualifiait même l’hypnagogie de "sommeil avec une clé" et l’utilisait comme source d’inspiration pour ses créations surréalistes. Au XXIe siècle, on adore la technologie. On a donc maintenant des lampes à LED psychédéliques pour partir en hypnagogie comme sur le fauteuil d’un dentiste. Les champignons hallucinogènes, c’est vraiment has been.

🧐 LES MOTS DU CORRECTEUR

Entre-temps, entretemps ou entre temps ?

La bonne pioche, c’est entre-temps ou entretemps. On peut écrire les deux. J’ai une petite préférence mnémotechnique pour entre-temps : je me dis que l’intervalle de temps est marqué par le trait d’union ! Et pour entre-deux, cela fonctionne pareil : on peut écrire entre-deux ou entredeux. Pas d’espace donc pour ces deux termes, mais cela m’a donné l’occasion de découvrir à quelle époque on a finalement décidé de mettre des espaces entre les mots. Oui, durant l’Antiquité, dans les premiers textes écrits, les mots étaient enchaînés sans espace. Jenevousracontepascommec’étaitpratique. Une histoire à lire ici avec des espaces. Merci les moines copistes irlandais.

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AZERTY, la lettre qui nous parle des mots

Par Anne Debrienne

À propos de l’auteur de AZERTY, la lettre qui nous parle des mots …

Plume dans la communication, la créatrice d'Azerty est complètement accro aux mots, des plus modestes aux plus rares... et la passion du lexique, ça se partage. Avec curiosité et légèreté, c'est encore mieux. Elle est aussi co-auteure de "C'était Mieux Demain" (Ed. Akiléos), objet littéraire non identifié mêlant fausses réclames et billets d'humeur.

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