Un peu de sémaglutide pour se serrer la ceinture ?

Le nouveau numéro d'Azerty vous invite à imaginer les partenaires sociaux habillés en cardinaux, à boycotter les régimes, à reprendre des vitamines et à revenir aux origines du pantalon en jean. C’est pas triste.

#45 - Mars 2025

👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique. J’espère bien sûr que votre allergie au pollen de bouleau ne s’est pas réveillée. À moins que le soleil printanier et l’envie de siroter en terrasse n’ait déclenché chez vous une allergie au boulot. Et si on se faisait un mini-conclave pour savoir si on retravaille vraiment lundi prochain ? En attendant, voici votre pause lexicale. Fermez à clé et qu’on ne vous dérange pas.

📆 LE MOT DE L’ACTU

ConclavePhoto de Akhilesh Sharma sur UnsplashPhoto de Akhilesh Sharma sur Unsplash

Ce n’est pas pour évacuer l’essentiel du débat, mais tout de même. Je suis un peu intriguée que personne ne s’étonne du nom donné aux réunions de remise en chantier de la réforme des retraites : un conclave ! Rien que ça. Comme si nos partenaires sociaux étaient des cardinaux. En effet, la définition du dictionnaire est sans appel : « lieu clos où s’enferment les cardinaux pour procéder à l’élection d’un nouveau pape ». Le premier conclave date de 1270 (c’est ici que vous deviendrez incollable en conclave). Comme les 19 électeurs tergiversaient depuis belle lurette, les habitants de Rome excédés ont enfermé à clé les hommes d’Église dans une salle, allant jusqu’à les mettre au pain sec et à l’eau, puis à retirer le toit du bâtiment pour qu’ils se décident plus vite.
L’étymologie de conclave nous vient du latin classique cum clave, qui signifie "avec clé" : en gros, personne ne file en douce tant qu’on n’a pas trouvé le nouveau pape. Et pourtant, je rappelle que dans celui déclenché par François Bayrou pour une durée de 3 mois, il y a déjà des “cardinaux sociaux” qui ont attrapé la clé pour sortir définitivement avant tout le monde.  
On aurait dû projeter à tous les participants le film Conclave de Robert Harris, sorti en décembre dernier. Il leur aurait peut-être inspiré d’abandonner eux aussi certaines certitudes de ce monde (pas touche à ceci, tabou absolu sur cela…) pour trouver une solution d’avenir et nous adresser un « Habemus pensionem reformationis ! ». Avec une fumée bleu-blanc-rouge.

😎 LE MOT POUR FRIMER

Sémaglutide

Photo de Elena Leya sur Unsplash Photo de Elena Leya sur Unsplash

Si l’heure de la retraite s’éloigne, l’été approche dangereusement. On va encore nous harceler avec tout un tas de régimes pour perdre les kilos superflus qui dépassent du bikini. Bon, au-delà d’une certaine taille de poignées d’amour, il y a aussi le sémaglutide, devenu le médicament le plus vendu aux États-Unis. C’est le principe actif du fameux Ozempic qui s’attaque à la pandémie d’obésité en imitant une hormone de satiété. La molécule ne se contente pas seulement de réduire l’appétit : elle a manifestement le pouvoir de déprogrammer les cerveaux addicts à la malbouffe qui se mettent alors à la dédaigner. C’est grâce à une régulation de la libération de dopamine, impliquée également dans d’autres addictions, comme l'alcool ou la cocaïne. Alors forcément, les fabricants de crackers trop salés et de barres chocolatées trop sucrées sont plus inquiets que les marchands de brocolis. Ils se préparent déjà de différentes façons, en travaillant sur des gammes adaptées aux nouvelles envies étranges des patients sous sémaglutide… ou en trouvant des substances qui pourraient contrecarrer ses effets. Voici un peu plus de détails à grignoter par ici.
Pendant ce temps-là, des scientifiques ont découvert que ce qui pousse dans la terre est de moins en moins riche en nutriments. Mais pourquoi donc ? Double ration de légumes du jardin pour tout le monde.

🧐 LES MOTS DU CORRECTEUR

Quand “nous” fait son singulier

Photo par moi-mêmePhoto par moi-même

Oh la fofote à « ouverts » sur la grosse bâbâche. Est-ce que ce supermarché a voulu employer le « nous de modestie ». Je ne le pense pas. Le « nous de modestie » consiste à employer « nous » à la place de « je » pour paraître plus « modeste », moins personnel. C’est le cas par exemple dans les préfaces de thèses ou d’ouvrages. Avec le « nous de modestie », le verbe se met au pluriel, mais l’adjectif ou le participe passé se rapportant au « nous de modestie » reste au singulier ! Oui, c’est dingue. Exemple : « Nous sommes ravi du bon accueil réservé au premier tome » (ou « ravie », si l’auteur est une femme). Et le « nous de majesté » se comporte de la même façon. Il va être utilisé par des personnes de pouvoir, des souveraines, des dirigeants (ex. : Nous, Premier ministre du Canada, sommes convaincu que…). Oui, sans le s à convaincu.
Cet Intermarché voulait-il se prendre pour le Roi de la Conso ? J’ai un gros doute.

💬 LES MOTS ENTRE GUILLEMETS

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AZERTY, la lettre qui nous parle des mots

Par Anne Debrienne

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