La crise de foi(e) nous guette

Le nouveau numéro d'Azerty vous invite à vraiment vous méfier des images en 2025, à renouveler l’art du faux compliment gastronomique et à arrêter de faire n’importe quoi avec le verbe adresser. C’est pas triste.

#42 - Décembre 2024

👩🏻 Bonjour à tous mes addicts du lexique. Il est probable que coincé entre ces deux réveillons, ce nouveau numéro d’Azerty soit ouvert en léger différé par nombre d’entre vous. Certains sont peut-être encore en train de livrer le foie gras de leurs oies nourries au quinoa bio ; d’autres sont au fond de leur lit, car une huître de Noël pas fraîche les a sournoisement mis sur le flanc. Je compatis et j’ai prévu un menu léger pour ma dernière livraison de l’année.

🤢 LE MOT DU MOMENT

Crise de foi(e)

Photomontage généré sur X par Raphaël Grably (@GrablyR), Rédacteur en chef adjoint web de BFM Business Photomontage généré sur X par Raphaël Grably (@GrablyR), Rédacteur en chef adjoint web de BFM Business

Après les toasts au foie gras, les « Reprends donc un chocolat » et les bûches avec encore un peu plus de chocolat, votre foie va vous réclamer une cure de radis noir juste avant la cure de frangipane. De toute façon, si ce n’est pas la crise de foie qui nous guette au tournant de l’année, c’est la crise de foi qui nous pend au nez. Je ne parle même pas de celle qui nous fait douter de la capacité de nos instances politiques à se remettre d’aplomb pour affronter les vrais problèmes. Je pense à la crise de foi face aux images diffusées en général. Début décembre, un nouveau pas a été franchi dans la génération d’images artificielles avec le lancement de Grok, un nouvel outil intégré au réseau social X de Elon Musk qui permet à tous ses utilisateurs de générer instantanément des photos « comme si c’était vrai ». Tout le monde se dit que le robinet à désinformation est désormais grand ouvert pour déverser sa boue de fake news. Rien de tel pour cela qu’un nom comme Grok, qui hésite entre l’éructation et le vomissement.
Rêvons un peu : et si les outils de génération d’images pris en main par un large public finissaient par ouvrir les yeux du plus grand nombre ? En les créant soi-même, chacun pourra peut-être plus facilement mettre en doute les images créées par n’importe qui. La nouvelle ère du « Je ne peux plus croire ce que je vois » est en tout cas ouverte. Comme c’est bientôt l’époque des vœux, rêvons tranquille à l’avènement de l’esprit critique.

😎 LE MOT POUR FRIMER

Galimafrée

Photo de Natalia Gusakova sur UnsplashPhoto de Natalia Gusakova sur Unsplash

En ces temps de banquets à rallonges, on peut aussi faire preuve d’esprit critique en ayant la bouche pleine… et ne pas trouver certains plats tout à fait au niveau. Si chez votre hôte, vous tombez sur des mets à la fois peu appétissants et abondants, vous pouvez alors remercier hypocritement pour ces délicieuses galimafrées. Sur un malentendu entre deux toasts, cela peut passer pour un compliment très soutenu. Ce mot à la consonance désuète et gauloise tire probablement son origine de deux verbes anciens, galer (« s’amuser ») et mafrer (« manger beaucoup »). Le risque, c’est que si vous avez un peu bu, oubliant en cela d’être abstème, vous pourriez dire « galibaffré »… un néologisme involontaire mais inspiré. Et sinon, pour retrouver d’autres mots étranges qui vous feront briller sans pareil pour la Saint-Sylvestre, c’est juste là.

📩 LE MOT BIEN ENVOYÉ

Non, on n’adresse pas un problème

Photo de Rae Tian sur UnsplashPhoto de Rae Tian sur Unsplash

Il va falloir que ça cesse. Vous comptez adresser des vœux ou adresser enfin la parole à la blonde du 3e étage ? Pas de souci. Si en revanche, vous tombez dans le piège de l’anglicisme à la suite de navettes Paris-Londres-Washington trop fréquentes, vous risquez de dire « adresser un problème » comme avec le verbe anglais to address, alors qu’on doit dire « traiter un problème, s’attaquer au problème ou s’occuper d’un problème ». Dans le business, je soupçonne même certaines ou certains de le faire exprès pour suggérer un bilinguisme qui mélange gentiment les langues.
Et sinon, saviez-vous que jusqu'au XVIIIᵉ siècle, c'est surtout l'anglais qui empruntait des mots au français ? Le mot toast, par exemple est issu de l’ancien français, plus exactement du verbe « toster » qui signifiait « rôtir, griller », lui-même issu du latin « tostus », de même sens. Pensez-y quand vous enchaînerez les fournées dans le grille-pain. 

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AZERTY, la lettre qui nous parle des mots

Par Anne Debrienne

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